Assumer son âge n’est pas toujours facile. Le bon côté des choses, c’est l’expérience, la sagesse, le plaisir de voir les choses évoluer dans leur globalité, avec un certain détachement, bref… le plaisir d’avoir connu « l’avant ». Alors me voici parti dans un petit post nostalgique, mon grand âge m’ayant permis de goûter aux balbutiements de la micro-informatique.
1986-1989 : Matra-Hachette “Alice”
« The Padawan’s Lounge »
Mon tout premier, c’est sentimental, don d’un cousine alors étudiante en Maths, qui créera sans le savoir une vocation :)
Cette petite machine aux performances modestes — c’est un euphémisme — m’a quand même donné beaucoup de bonheur et initié à la programmation (en basic).
Juste pour vous faire sourire : processeur 6803 à 0.89MHz (soit juste pour l’horloge, 4000 fois moins rapide que ce qu’on fait aujourd’hui), 4Ko de Ram (soit 368 fois moins qu’une disquette 1,44Mo ou 525000 fois moins qu’une clé USB 2Go) , résolution de 64×32 en 8 couleurs (soit 4 favicon de large sur 2 de haut)… et pas de moyen de sauvegarde si ce n’est via un magnéto K7 à prise DIN.
1989-1993 : Commodore Amiga 500
« Les années Collège »
Ô joie immense, infinie, ce jour où mes parents ont accèdé à mon plus cher désir, en échange d’un « ça comptera pour Noël et ton anniversaire, sur 5 générations » — « M’en fiche, je l’veux, je l’veux ! ». Et je l’ai eu, toutes ces années à échanger des disquettes venues des pays Nordiques via des BBS aux noms enchanteurs (et par l’intermédiaire d’un CPE peu scrupuleux), sublimes intros des groupes de l’époque, avec leurs scrolling sinusoïdaux, damiers, vortex et autres effets plasma joyeusement soutenus par des musiques 8bits aux portamento ennivrants. « Oui mais Atari, c’est mieux pour la musique ! » — « Oui mais Amiga c’est plus puissant ! ». C’est vrai qu’il était plus puissant mon Amiga, avec son extension 1,5Mo payée 990 Francs :-$
1993-1996 : IBM PS/1
« Soyons compatibles… presque »
Après des années de guerre entre Atari et Amiga, on a grandi. On veut maintenant pouvoir échanger avec tout le monde, bosser un peu aussi et arrêter d’être dépendant d’un constructeur. Trop heureux de pouvoir customiser sa machine à loisir, on en oublie que ces machines sont dépouillées; 4 ports ISA/PCI c’est bien peu quand il faut mettre une carte son, une carte graphique, un modem interne, un carte joystick, un contrôleur pour CR-ROM pas encore IDE… et puis la chasse aux drivers… et puis va falloir passer à Windows 95… Ah mais non, j’oubliais ! un pote m’a copié une install de Slackware Linux, seulement 30 disquettes…
1996-2004 : Les PC assemblés…
« L’informatique à la clé de 12 et au marteau »
Maintenant que les PC sont compatibles, on optimise tout; il faut que ça tourne, que ça soit puissant et que ça coûte un minimum.
L’âge d’or de la Rue MontGallet, avec ses vitrines plus difficles à lire qu’un annuaire vu de l’espace, mais on en redemande. Pour ne pas gaspiller 1 franc, on est prêt à faire 8km d’aller-retours, pour récupérer 50 composants avec 50 factures différentes. C’est moche et ça fait du bruit, on ne sait jamais si on a bien choisi sa barette de RAM, ni pourquoi ça reboote tout seul et puis de toutes façons “Pas garanti disque dur, pas garanti…”
2004-2006: Shuttle PC
« Let’s be WAF »
Le WAF — Women Acceptance Factor, terme emprunté à son-video.com — ce critère fédérateur de la paix dans les ménages, qui consiste à conjuguer habilement technologie et harmonie de l’espace de vie. En deux mots, on bazarde tous ces boitiers jaunis, adieu veaux, vaches, cochons, linux, sparc classic, etc… On aère l’espace, on cache les câble on fait du beau… “exit” le laboratoire de Dexter. Avènement du barebone et des PC ultra-compacts, on comprend enfin que ça sert à rien d’acheter la dernière SoundBlaster ou la dernière NVidia, on aura fait mieux d’ici le prochain changement de machine et on voudra tout changer.
2006-… : Apple iMac
« La voie de la sagesse »
Dieu sait que j’ai longtemps été contre, pour plein de raisons : d’abord la compatibilité et les prix, l’offre logicielle pauvre, la taille de la communauté, la dépendance matériel-logiciel… Puis vint MacOs X; à force (de tenter) d’utiliser des Unix à la maison et au boulot en workstation et de n’être jamais satisfait des interfaces, arrivait enfin un OS qui allait convenir à tous, qu’ils soient presse-boutons ou Nerds. De voir fleurir ces machines aux mains des barbus et l’idée d’avoir un truc joli dans le salon m’avaient convaincu de franchir le pas… Ça marche, c’est beau… béatitude.